Entretien avec le Dr Mary Bartik : Comprendre et dépister le glaucome

Le glaucome reste l’une des causes principales de cécité évitable dans le monde. Pourtant, la moitié des personnes atteintes l’ignorent. À l’occasion de la Semaine Mondiale du Glaucome, le Dr Mary Bartik, spécialiste au CHU Saint-Pierre, nous aide à décrypter cette pathologie complexe qui ne prévient pas.

Une destruction lente et invisible

Pour commencer, qu’est-ce que le glaucome exactement ?

Dr Mary Batik : C’est une maladie du nerf optique qui se détruit progressivement. Sa dangerosité réside dans son caractère indolore et son évolution lente qui peut, à terme, conduire à la cécité totale.

Le nerf optique est-il la seule partie de l’œil touchée ?

Oui, cela touche le nerf et les neurones qui en découlent. La maladie grignote le champ visuel par la périphérie. Les patients ne s’en rendent pas compte car la vision centrale reste nette longtemps, alors que le champ se réduit comme un entonnoir jusqu’à disparaître.

On parle souvent de « voleur silencieux ». Pourquoi ce terme ?

Parce qu’il n’y a aucune douleur. On peut vivre avec un glaucome pendant 15 ou 20 ans sans le savoir. Les premiers symptômes n’apparaissent que lorsque l’atteinte atteint le centre de l’œil. À ce stade, il est souvent trop tard pour récupérer la vision perdue.

L’exception : l’urgence du glaucome aigu

Il existe pourtant une forme brutale, le glaucome aigu… C’est une exception anatomique, souvent chez des personnes ayant un œil plus petit. Un blocage soudain survient et la tension oculaire explose littéralement. Contrairement à la forme chronique, c’est extrêmement douloureux et cela doit être traité dans les 24 heures pour éviter une perte de vue définitive.

Quels sont les rares signaux qui peuvent tout de même nous alerter ?

C’est subtil, mais certains patients perçoivent le soir des halos colorés autour des lumières. C’est un signe que la tension monte et brouille la vision.

Enfants, seniors, hérédité : qui est à risque ? Le glaucome ne touche-t-il que les personnes âgées ?

Non. Il existe des glaucomes congénitaux dès la naissance et des formes juvéniles vers l’adolescence. Statistiquement, le risque augmente dès 40 ans, et à 60 ans, 4 % de la population est concernée.

Existe-t-il des profils plus exposés que d’autres ?

Absolument. Les facteurs majeurs sont l’hérédité (des antécédents dans la famille), la forte myopie (le nerf optique y est plus fragile), l’origine ethnique (les patients d’origine africaine sont plus à risque de forme chronique, les patients asiatiques de forme aiguë) et les médicaments (notamment la prise prolongée de cortisone).

Vous mentionnez une vulnérabilité spécifique pour les populations d’origine subsaharienne ?

Oui, et l’explication est technique : ils ont souvent une cornée plus fine. Nos appareils de mesure classiques sont calibrés pour une épaisseur moyenne. Sur une cornée fine, l’appareil sous-évalue la tension réelle. On pense que le patient va bien, alors que sa pression est en réalité dangereusement haute.

Le dépistage : 5 minutes pour sauver sa vue. Comment se déroule-t-il ?

C’est très rapide. Après un questionnaire de santé, un technicien mesure la tension par « air pulsé » (un petit souffle d’air) et l’épaisseur de la cornée. Ensuite, le médecin examine le nerf optique. C’est crucial car il existe des glaucomes à pression normale : la tension semble bonne, mais le nerf s’abîme quand même.

C’est un examen que l’on redoute souvent. Est-ce douloureux ?

Pas du tout. L’air pulsé dure une seconde. Si nous devons toucher l’œil pour une mesure manuelle, nous utilisons une goutte anesthésiante. L’examen complet prend moins de 5 minutes et peut littéralement vous sauver la vue.

Traitements et espoirs

Quelles sont les options si le diagnostic est positif ?

On ne guérit pas le glaucome, mais on stoppe son évolution. Nous avons les collyres (gouttes), mais aussi le laser SLT qui se fait en consultation et donne d’excellents résultats. Pour les cas plus avancés, nous posons des micro-drains (MIGS) ou pratiquons une chirurgie classique. Le but est toujours le même : baisser la pression pour protéger le nerf.

Le mot de la fin ?

Dépistage.

Une tension normale se situe entre 10 et 21 mmHg. Si vous avez plus de 40 ans, faites-vous contrôler au moins une fois. Nous disposons aujourd’hui de scanners (OCT) qui analysent le nerf au micron près. N’attendez pas qu’il soit trop tard pour consulter.

Inscrivez-vous à notre newsletter

Restez informés de l’actualité de notre association.

Newsletter