Comment Roger, malvoyant, se prépare à vivre avec la cécité

Comme 1 personne sur 100 en Belgique, Roger est malvoyant. À 53 ans, il a appris qu’il allait perdre la vue. Comment vit-il avec sa rétinite pigmentaire ? Comment appréhende-t-il la cécité ? Témoignage.

Comment as-tu découvert ta malvoyance ?
À l’époque, je circulais beaucoup en camion. Et puis soudain, en 2014, ma vue a commencé à se détériorer. C’est en prenant rendez-vous chez un ophtalmologue qu’on m’a découvert une rétinite pigmentaire. Une maladie du nerf optique qui me fait perdre mon champ de vision.

Pourrais-tu nous décrire comment tu vois ?
Toute ma vision périphérique s’efface depuis quelques années. Je vois le monde en tunnel, comme si je regardais à travers un trou de serrure. À l’heure actuelle, j’ai un champ de vision réduit à 5° là où la vision optimale chez une personne voyante se situe entre 180° et 130°. Je n’ai presque plus de vision périphérique, mais je ne suis pas aveugle pour autant. Avec le temps, ma vision centrale est également altérée. Je ne vois plus les détails et je sais que, malheureusement, c’est une maladie qui mène à la cécité. car les non-voyants étant minoritaires, je ne voulais surtout pas que l’on ait une mauvaise image.

« J’ai appris, coup sur coup, qu’on ne peut pas guérir la rétinite pigmentaire et qu’avec le temps, j’allais perdre la vue. J’en ai fait une dépression. »

Roger Piret, ambassadeur de la campagne “Ça nous regarde

Comment as-tu appris ta maladie ?
Chez moi, la maladie a été décelée il y a à peine 9 ans, mais je pense qu’elle a dû se déclarer 15 ans plus tôt. Sauf que je ne m’en suis pas rendu compte… Il n’y a que quelques petits détails, des choses que je prenais pour des coups de fatigue ou de petits ‘moments de distraction’ sur la route qui m’ont mis la puce à l’oreille. Or, quand on se retrouve avec un camion dans les mains, c’est presqu’une arme. 

Comment as-tu réagi ?
À l’annonce du diagnostic, j’ai accueilli la maladie comme un coup de massue. Mon ophtalmologiste n’a rien voulu me dire… C’est un spécialiste qui m’a annoncé l’étendue des dégâts. J’ai appris, coup sur coup, qu’on ne peut pas guérir la rétinite pigmentaire et qu’avec le temps, j’allais perdre la vue. J’en ai fait une dépression. Pendant des mois. La seule chose à faire, c’était de resurgir et de se préparer à vivre avec la malvoyance. Surtout qu’à ma rétinite s’est ajoutée une cataracte aux deux yeux. Résultat : je cumule deux types de malvoyance.

Quel impact ont ces malvoyances sur ton quotidien ?
Ma rétinite pigmentaire m’empêche de voir dans le noir. Je deviens aussi très sensible à la lumière et, surtout, je ne distingue plus rien sur les côtés. Quand je sors dans la rue, je vois le trottoir mais pas les passants. Quand je regarde une tartine, je n’en vois jamais les extrémités… Mais à cause de ma cataracte, je suis aussi tout le temps dans le brouillard. Et les lunettes ne peuvent rien corriger.

Roger, malvoyant, avec son ami Christian qui découvre sa vision tubulaire au Tombeau du Géant à Bouillon
Roger, malvoyant, avec son ami Christian qui découvre sa vision tubulaire au Tombeau du Géant à Bouillon.

Pourquoi as-tu voulu témoigner ?
Pour aider les gens à prendre conscience d’aller faire des dépistages. Nous nous abîmons les yeux au quotidien, sans nous en rendre compte. Or il est essentiel de préserver une vue correcte le plus longtemps possible. Nos yeux sont un bien précieux. À nous d’en prendre le plus grand soin.

« Les voyants ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont… mais il est possible de continuer à vivre, malgré la malvoyance. »

Roger Piret, ambassadeur de la campagne “Ça nous regarde

As-tu un message pour celles et ceux qui, comme toi, perdent la vue ?
De tenir bon, parce que ce n’est vraiment pas évident. Les bon-voyants ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont… mais il est possible de continuer à vivre, malgré les difficultés qu’engendre la malvoyance. À condition d’en parler, de bien s’entourer et de se faire bien accompagner. Moi, j’ai eu la chance d’avoir un ami, Christian, une nouvelle compagne et Eqla à mes côtés. Aujourd’hui, je profite du peu de vue qu’il me reste et je me prépare à vivre avec la cécité.


VOUS VOULEZ MIEUX COMPRENDRE LA DÉFICIENCE VISUELLE ?
En Belgique, 1 personne sur 100 est malvoyante… et ça ne se voit pas. Souvent peu reconnue, la malvoyance est un handicap invisible, dont les symptômes varient d’une personne à l’autre. Ils peuvent prendre plusieurs années avant de se manifester.

➡️ Pour plus d’infos, découvrez la nouvelle campagne de sensibilisation d’Eqla sur www.çanousregarde.be

Vers La Lumière 426

Le nouveau numéro du Vers La Lumière vient de sortir.

Découvrez ce numéro en PDF sur notre site, et retrouvez directement toutes les activités dans l’agenda en ligne !

Si vous souhaitez recevoir le Vers La Lumière en papier, en braille, en CD, en DAISY ou par mail (en word ou PDF), contactez-nous !

Nouvelle campagne : la malvoyance, ça nous regarde !

Nouvelle campagne : la malvoyance, ça nous regarde !
Eqla lance « Ça nous regarde ! »: une semaine de sensibilisation sur la malvoyance

Du 8 au 16 octobre 2023, Eqla lance la campagne annuelle « Ça nous regarde ! ». À cette occasion, des affiches, des écrans numériques et 4 panneaux logés en de hauts lieux touristiques en Wallonie et à Bruxelles inviteront les passants à « adopter le point de vue d’une personne malvoyante ». En Belgique, la malvoyance touche 1 personne sur 100. Soit 10 fois plus que la cécité.

Perte de vision des détails, vision en trou de serrure, vision floue, vision tronquée ? Les causes de la malvoyance sont multiples et touchent plus de 1 personne sur 100 en Belgique. Soit 10 fois plus que la cécité. Et pourtant, s’il existe de nombreuses maladies visuelles (DMLA, glaucome, rétinopathie diabétique, rétinite pigmentaire…), la malvoyance reste un handicap mal compris, complexe et invisible.

« La malvoyance est un handicap mal connu en Belgique, tellement spécifique qu’elle n’est pas dans les radars des pouvoirs publics. Il n’y a, par exemple, aucun suivi statistique de la malvoyance, trop peu d’ophtalmologues spécialisés en basse vision et aucun plan déficience visuelle en Belgique », explique Rafal Naczyk, porte-parole d’Eqla.

« Les personnes qui ont des troubles oculaires ou qui perdent la vue portent à peine le message du handicap. Pour d’autres, le diagnostic est irrévocable, car souvent il n’existe pas de traitement curatif. Pourtant, en cas de malvoyance, 25 % des Belges ne savent pas spontanément vers qui se tourner », souligne le porte-parole d’Eqla. Or, des solutions existent. Malgré les difficultés qu’elle entraîne, il est possible de mieux vivre sa malvoyance. Surtout, si la personne bénéficie d’un bon accompagnement.

Et si vous adoptiez le point de vue d’un malvoyant ?

Pour mettre en lumière ce handicap « invisible », Eqla a mis en place une campagne unique, en partenariat avec VISITWallonia, l’organisme wallon en charge de la promotion du tourisme en Wallonie. Avec une invitation simple : et si vous voyiez le monde avec les yeux d’une personne malvoyante ?

Du 8 au 16 octobre, des affiches digitales et de grands panneaux semi-transparents logés à quatre endroits touristiques en Wallonie et à Bruxelles, reproduiront la vision de Julie, Laetitia, Alex et Roger (tous malvoyants) et inviteront les passants à écouter leur témoignage, grâce à un QR code.

Bruxelles vu par Laetitia, atteinte de toxoplasmose oculaire (Mont des Arts à Bruxelles)

« Essayer de comprendre le point de vue d’un malvoyant, c’est déjà un peu l’aider… À travers plusieurs expériences visuelles fortes, les citoyens pourront découvrir le quotidien d’une personne malvoyante le temps d’une visite au Mont des Arts à Bruxelles, à la Citadelle de Namur, au Tombeau du géant à Bouillon ou aux Jardins suspendus à Thuin. »

Rafal Naczyk, porte-parole d’Eqla

En parallèle, des filtres liés aux 4 grandes formes de malvoyance seront relayés et mis à disposition par des influenceurs pour être partagés via Instagram et via le site de campagne www.çanousregarde.be.

VISITWallonia.be : sensibiliser pour une meilleure inclusion

Engagé pour rendre les sites touristiques wallons accessibles à tous, y compris aux personnes en situation de handicap, le tourisme wallon, via sa marque VISITWallonia.be, a souhaité s’associer à la campagne d’Eqla pour sensibiliser un plus grand nombre de Wallons, mais aussi ses propres forces vives, à la déficience visuelle.

«Les voyants ignorent la chance qu’ils ont… ils peuvent admirer, voir les choses clairement et profiter pleinement des magnifiques paysages et activités de notre région. En travaillant à rendre l’offre accessible au plus grand nombre, on se rend compte de bon nombre de besoins spécifiques dont on n’a pas toujours conscience. C’est donc par empathie pour les personnes déficientes visuelles, par souci de prévention, mais également par volonté de mettre en exergue les services d’accompagnement en général, et ceux proposés par Eqla en particulier, que nous avons décidé de soutenir cette campagne, explique Étienne Claude, Directeur Général de VISITWallonia. Notre message est simple : ce n’est pas parce que votre vision est limitée que votre vie doit l’être ! »

Étienne Claude, Directeur Général de VISITWallonia

Laetitia, atteinte de toxoplasmose oculaire, au Mont des Arts à Bruxelles.


Un réflexe : consultez votre ophtalmologue !

S’il est rare de pouvoir guérir les pathologies qui provoquent la malvoyance, une consultation annuelle chez l’ophtalmologue, un dépistage et un diagnostic précoce permettent de mettre toutes les chances de votre côté.

« Pour des maladies comme le glaucome, la DMLA, la rétinite diabétique ou la cataracte, plus la prise en charge est rapide, meilleures sont les chances de récupération et de stabilisation, explique Rafal Naczyk, porte-parole d’Eqla. Alors, quel que soit votre âge, adoptez ce réflexe : consultez au moins une fois par an un ophtalmologue. Ça peut vous sauver la vue ! ».

 


➡️ Où trouver nos panneaux de malvoyance ?

Plus d’infos ?

Suivez-nous sur les réseaux sociaux d’Eqla pour découvrir nos témoignages en vidéo ou surfez sur www.çanousregarde.be pour plus d’infos sur la malvoyance.

Gospel For Life, le 15 décembre à Nivelles !

Un concert magique au profit d’Eqla

Cette année, Eqla sera à nouveau à l’affiche de la tournée Gospel For Life ! Gospel for Life, c’est une centaine de choristes bénévoles qui se produisent sur 15 sites prestigieux sous la direction de Didier Likeng. Objectif : récolter des fonds pour soutenir des associations belges, dont les projets d’accompagnement d’Eqla. Une belle occasion, donc, d’allier musique et solidarité.

L'affiche du Gospel for Life 2023, avec le répertoire de Stevie Wonder

Cette année, c’est Stevie Wonder qui sera mis à l’honneur par les choristes ! Entrez dans l’univers du Gospel avec un spectacle rythmé par les plus grands airs de soul spirituelle et une adaptation des meilleurs tubes de Stevie Wonder. Imaginez « I just Call to say I love you », « Happy Birthday », « Master Blaster, Superstition », « I’m Free », « They Won’t Go When I Go », « As » … repris en chœur par plus de 100 voix, c’est l’ambiance « Gospel For Life » qui vous attend !

Le 15 décembre prochain, rejoignez-nous à la Collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles pour partager deux heures de spectacle intense, d’émotion et de sensation pour soutenir les personnes aveugles et malvoyantes.

Quand ? Le 15 décembre 2023
Où ? Collégiale Sainte-Gertrude Nivelles

Réservations : https://gospelforlife.070.be/ ou 02/346.93.93

Les places sont disponibles sur le site https://gospelforlife.070.be/ uniquement !

(Attention, plusieurs dates sont disponibles mais seul le vendredi 15 décembre est au profit d’Eqla)

Infos :  02/241.65.68

Pour vous y rendre :

En voiture :
Attention, il n’y a pas de parking prévu, pensez à arriver en avance !

En train :
Gare de Nivelles : +- 900m (10 min à pieds) entre la gare et la Collégiale.

En bus :
De nombreuses lignes de bus s’arrête sur la place.

Eqla recrute un·e Animateur·trice au service loisirs (H/F/X)

Depuis 1922, Eqla a pour mission de faciliter l’inclusion des personnes déficientes visuelles dans leur milieu familial, social et professionnel, dès le plus jeune âge, et à chaque étape de leur vie. Eqla propose une offre de services de proximité, dans le but de favoriser leur autonomie et leur épanouissement et plus précisément un accompagnement global et personnalisé, des formations aux nouvelles technologies et une offre d’activités culturelles et de loisirs. Eqla sensibilise et forme également la population, les professionnels et les pouvoirs publics aux réalités de la personne déficiente visuelle, et les invite à agir pour faciliter son inclusion dans notre société.

Eqla emploie une quarantaine de personnes réparties sur toute la Fédération Wallonie-Bruxelles. En plus de son siège à Bruxelles, Eqla dispose d’antennes dans les provinces du Brabant wallon, Hainaut, Namur et Luxembourg.

Nous sélectionnons nos collaborateurs et collaboratrices sur base de leurs compétences. Nous ne faisons pas de distinction de handicap, d’âge, d’orientation sexuelle, de couleur de peau, de croyance, de conviction philosophique ou de nationalité.

Eqla recrute un·e Animateur·trice au service Loisirs, à temps plein

Au sein du pôle Culture (qui inclut également la bibliothèque et la ludothèque), le service loisirs d’Eqla propose des activités adaptées pour les personnes déficientes visuelles. En vue de compléter l’équipe dans les provinces du Brabant wallon et du Hainaut, l’association recherche un/une Animateur/Animatrice à temps plein pour entrée en fonction au 1er décembre.

VOTRE FONCTION :

Au sein d’une équipe de quatre personnes, vous prendrez une part active dans l’organisation des activités de loisirs. Et ce, en collaboration avec des comités de volontaires (groupes d’animation). Vous serez directement impliqué(e) dans la gestion de projets de ce service.

En tant qu’animateur/animatrice loisirs, vous serez en charge :

  • de la gestion des groupes d’animation du Brabant wallon et du Hainaut, groupes composés de volontaires aveugles, malvoyants et voyants. Chaque antenne d’Eqla dispose d’un groupe d’animation, qui a pour but de développer et d’organiser les activités du service loisirs d’Eqla, susceptibles d’intéresser un maximum de participants ;
  • de proposer une offre d’activités adaptées : visites culturelles, de loisirs ou ludiques, balades, animations créatives et/ou culinaires ;
  • dans ce cadre, vous assurez la gestion organisationnelle, administrative, financière et logistique, et vous encadrez les participants (public, accompagnateurs et collègues) lors de ces activités ;
  • de la rédaction des activités dont vous êtes responsable pour les proposer au public dans le magazine trimestriel Vers la Lumière ;
  • en binôme avec une collègue animatrice, d’organiser et de superviser les séjours proposés par le service loisirs (1 à 2 séjours/an, dépendant de la durée et de la distance) ;
  • en binôme avec le directeur du pôle Culture, de représenter Eqla au sein de la plateforme pour l’accessibilité à l’audiovisuel (participer aux réunions mensuelles, suivi des évaluations d’audiodescriptions effectuées par les volontaires du panel, rédiger du contenu occasionnel pour le site web…) ;
  • participer à la vie quotidienne, aux projets et événements de l’association ;
  • représenter le message et la vision de l’association : adhésion aux valeurs et intérêt pour les questions d’inclusion.

VOTRE PROFIL

Compétences et qualifications :

    • vous disposez d’un diplôme d’animateur (socio-culturel), d’éducateur (spécialisé), en management du tourisme et des loisirs, en tourisme ou équivalent ;
    • vous disposez d’expérience prouvée en animation ou en encadrement de groupes, expérience souhaitée dans l’organisation de séjours et/ou dans la gestion de projets (socio)culturels ;
    • vous avez le sens du contact et de l’animation, et disposez de qualités d’adaptation et d’ouverture ;
    • vous avez la capacité de gérer et de suivre des projets de A à Z de manière organisée, de remonter les informations auprès de la hiérarchie ;
    • vous avez l’esprit d’équipe, aimez travailler avec des volontaires, mais vous avez également une capacité de travailler de manière individuelle et autonome ;
    • vous êtes disponible occasionnellement pour accompagner des prestations en soirée, de week-end et lors des séjours ;
    • vous maîtrisez la suite Office (Word, Excel, Outlook) ;
    • vous avez la capacité à représenter le message et la vision de l’asbl : adhésion aux valeurs et intérêt pour les questions d’inclusion de la personne handicapée ;
    • vous partagez l’intérêt pour le domaine social en général, et pour la question du handicap/les questions d’inclusion en particulier ;
    • vous partagez l’intérêt pour l’inclusion des personnes en situation de handicap, et réelle volonté de s’investir pour cette cause ;
    • vous disposez d’une voiture, et êtes en possession du permis de conduire B ;
    • vous rentrez dans les conditions APE.

Conditions de l’offre :

  • Le poste à pourvoir s’effectuera principalement dans les provinces du Hainaut et du Brabant Wallon ;
  • CDD de 6 mois en vue d’un CDI ;
  • Temps plein ;
  • Challenge passionnant dans une association en constante évolution ;
  • Formation à la déficience visuelle à l’arrivée ;
  • Barème CP 319 .02 ;
  • Chèques repas ;
  • Remboursement des kilomètres missions.

Vous vous reconnaissez dans ce profil ?

Envoyez-nous au plus vite votre lettre de motivation et CV par mail à Jeremy De Backer, directeur du pôle Culture, via jeremy.debacker@eqla.be
Date limite de remise des candidatures : 01/11/2023.
Entrée en fonction le 1er décembre 2023.

Comment faire de la course à pied quand on est aveugle ou malvoyant ?

Chris et Claire, sa partenaire de course, devant la maison.

Malgré leur déficience visuelle, les personnes aveugles et malvoyantes peuvent pratiquer de nombreuses activités sportives, seules ou accompagnées, en club ordinaire ou adapté. Rencontre avec Chris, non-voyant, et Claire, sa guide de course, qui pratiquent le running en duo. 

Chris, 48 ans, vit à Louvain-la-Neuve. Il est devenu non-voyant à cause d’une rétinite pigmentaire. Très actif dans la vie, il est formateur au sein des clubs Nouvelles technologies d’Eqla. Mais sur son temps libre, ce qui le passionne, c’est le running. « Cela fait environ un an que je pratique le running, confie Chris. A priori, ce n’est pas un sport qui est accessible aux personnes porteuses de déficience visuelle. J’ai d’abord commencé à m’entraîner avec Jasper, mon chien guide, mais assez rapidement, j’ai préféré faire appel à des binômes humains. Désormais, je suis toujours accompagné d’une personne voyante que je tiens par la main pour mes entraînements et mes courses. Elles viennent me chercher devant la porte, m’emmènent courir et me raccompagnent chez moi. C’est l’une des raisons qui m’ont poussé à m’inscrire en club. »

Chris et Claire pratiquent le running en duo.

La course en autonomie pour un déficient visuel, c’est possible, à condition d’être déjà très mobile et bien équipé. D’aucuns parviennent à courir uniquement avec un GPS et une canne. D’autres préfèrent un chien guide. Mais la méthode la plus sûre consiste à courir en binôme avec un accompagnateur. Ce jour-là, c’est Claire, 56 ans, qui l’accompagne. « Courir en binôme avec une personne déficiente visuelle, bien sûr, ça nécessite une attention particulière mais ça donne aussi de l’énergie. En tant que guide, mes partenaires sont mes invités. J’adapte mon rythme au leur et nous définissons ensemble le parcours », explique Claire.

Claire donne des informations orales à Chris, par exemple pour anticiper un virage.Trois entraînements par semaine

En s’entraînant trois fois par semaine avec son binôme, Chris court environ 120 km par mois. Ce jour-là, tous deux courent tranquillement côte à côte en veillant à l’opposition des bras et des jambes, de sorte que leurs bras se balancent toujours dans la même direction, de manière synchronisée. C’est grâce à ses mouvements et à des instructions verbales, que Claire peut guider son protégé.

« Je suis particulièrement attentive au revêtement du sol, au relief, aux obstacles éventuels, explique Claire. Je veille aussi à annoncer les choses suffisamment tôt, comme les virages, les montées ou les feux rouges, pour que mon binôme puisse les anticiper. » De son côté, Chris est particulièrement réceptif aux mouvements corporels de sa guide. « Certains préfèrent être reliés par une petite cordelette qu’ils tiennent chacun à une extrémité, mais nous, on se tient main dans la main. Comme ça, j’ai directement des informations corporelles de ma partenaire de course, en plus des informations orales qu’elle me donne tout le long du parcours », explique Chris.

Chris et Claire dans les rues de Louvain-la-Neuve.

Courir malgré le handicap

À force de s’entraîner, Chris a pu participer aux 20 km de Bruxelles cette année. Et ce, malgré sa cécité. Une vrai défi sportif, mais surtout l’occasion de transmettre un message d’encouragement à toutes les personnes avec une déficience visuelle. Par sa démarche, Chris souhaite prouver que le sport reste accessible malgré le handicap. « J’aimerais encourager les gens à courir, quel que soit leur handicap visuel ou leur capacité », confie-t-il. « Courir est un moyen très simple et constructif pour nous tous de rester actif, en bonne santé et bien dans sa peau. Ce que m’apporte ce sport, c’est un épanouissement aussi bien psychologique que physique. Il suffit de commencer pour se rendre compte à quel point ça peut changer votre vie ! »


Comment Sébastien, non-voyant, s’est formé au codage avec BlindCode

Sébastin, non-voyant : comment j'ai appris à coder avec BlindCode

Sébastien, 40 ans, est devenu non-voyant suite à un rétinoblastome bilatéral… Passionné de musique et de jeux vidéo, il a décidé de se former au codage et au développement Web avec BlindCode – la formation d’Eqla. Il vient de décrocher un CDI en tant que spécialiste IT chez Infrabel, le gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire belge.

Sébastien, qu’est-ce qui t’a donné l’envie de te former au codage ?
Au départ, je n’étais pas destiné à travailler dans le secteur IT. J’adore la musique et j’ai l’habitude de mixer sur des logiciels. Je manie donc plutôt bien mon ordinateur, mais ça s’arrête là. Le déclic est venu lors de la pandémie… Je me suis rendu compte qu’avec une crise comme celle du COVID, on pouvait perdre tout ce que l’on a acquis. Du jour au lendemain. Or, je déteste l’immobilisme. Je déteste cet adage qui nous fait croire que si l’on est handicapé, on n’est pas capable de travailler…  Moi, j’ai envie de travailler. J’ai aussi besoin de relations sociales pour m’épanouir et me sentir vivant ! Le constat a été rapide : le secteur IT est sans doute celui qui, à l’heure actuelle, représente le plus grand vivier d’emplois qualifiés. Je me suis donc lancé le défi d’apprendre à coder, malgré ma cécité et même si je n’y connaissais strictement rien.

Comment as-tu appris l’existence de la formation BlindCode ?
C’est une association d’aide aux personnes aveugles qui m’en a parlé. Une formation au codage dédiée uniquement aux personnes déficientes visuelles… ça a l’air impossible, mais c’est vrai. Quand j’ai reçu un mail sur BlindCode, j’ai un peu hésité parce que je n’avais vraiment aucune notion du codage. Je ne connaissais même pas les balises HTML. Ma seule expérience IT, c’est le montage sonore et les jeux vidéo. Mais en réalité, j’ai tout de suite accroché ! Dès le premier cours, j’ai été scotché par la matière. C’est de la logique pure. C’est presque un jeu. Et l’équipe pédagogique a le mérite de rendre le codage vraiment accessible. En 10 mois de formation, je suis passé du “codage pour les nuls” à un vrai métier.


« En 10 mois de formation, je suis passé du ‘codage pour les nuls’ à un vrai métier. »

 

Aujourd’hui, tu travailles en tant que salarié chez Infrabel. Comment as-tu décroché cet emploi ?
Grâce au stage proposé par BlindCode et, il faut aussi l’avouer, à une sacrée dose de motivation. Après 10 mois de formation BlindCode, tous les étudiants ont la possibilité de réaliser un stage en entreprise. J’ai eu la chance de faire le mien chez Infrabel, une entreprise publique ouverte à la diversité qui a accepté de m’accueillir avec mon chien guide sans le moindre chichi. Ma mission consistait à effectuer des tests unitaires, mais en réalité, j’ai énormément appris sur le terrain. Ce stage, ça a été une motivation quotidienne. Chaque matin, je me levais en me disant qu’à l’issue de cet essai, je devais vraiment convaincre Infrabel de m’embaucher… Et c’est ce qu’ils ont fait ! Non seulement, j’ai décroché un emploi passionnant avec un vrai contrat, mais les équipes d’Infrabel ont été formées à la déficience visuelle et accompagnées par Eqla pour mieux m’accueillir, moi et mon chien. Je me devais aussi de réussir ce stage car les non-voyants étant minoritaires, je ne voulais surtout pas que l’on ait une mauvaise image.

En quoi consiste ton travail chez Infrabel ?
Je suis spécialiste IT au sein du département Real Time Solutions. Mon job consiste, entre autres, à renforcer la qualité et la sécurité des applications du Traffic Management d’Infrabel. Je suis entouré d’ingénieurs, de développeurs et de professionnels de haute volée. Je travaille au bureau deux jours par semaine, et trois jours à la maison. Et chaque jour, je continue à apprendre parce que j’ai droit à une batterie de formations. J’ai la chance d’être dans une équipe qui ne me juge pas par mes connaissances mais pour ma détermination et ma motivation. Ce qui fait qu’ils prennent le temps de m’expliquer ce que je ne connais pas. À moi ensuite de mettre tout ça en application. 

Un conseil à celles et ceux qui hésitent à se lancer ?
Mon seul conseil, c’est d’oser ! Si vous m’aviez dit il y a 1 an que j’allais travailler dans l’IT, je vous aurais ri au nez… mais le fait est que j’adore ce que je fais. Je me réveille tous les jours avec un vrai but dans la vie. Certes, il faut être très motivé et déterminé au départ, mais franchement, c’est quoi l’intérêt de rester chez soi les bras croisés ?


Vous voulez en savoir plus sur BlindCode ?

Vous êtes déficient visuel ou vous connaissez des personnes déficientes visuelles qui pourraient être intéressées par l’une de ces formations ?
Surfez sur www.eqla.be/nouvelles-technologies/blindcode/

ou contactez Johnny Piette, coordinateur des Formations BlindCode
☎️ au 02 241 65 68
📧 ou par mail via blindcode@eqla.be

En septembre, 2 nouvelles promotions voient le jour. L’une à Namur, l’autre à Bruxelles. Les inscriptions sont ouvertes !

  • BlindCode Bruxelles
    La formation BlindCode de Bruxelles permet de se former comme Développeur Web, pour celles et ceux qui veulent apprendre le codage pour créer des sites internet et des applications.
    Programme de la formation : https://tinyurl.com/BlindCodeBruxelles2023 (PDF, 305 kb)

  • BlindCode Namur
    La formation BlindCode de Namur permet de se former comme Développeur .Net (C#) , utilisé principalement dans le développement des produits de l’entreprise Microsoft.
    Programme de la formation : https://tinyurl.com/BlindCodeNamur2023 (PDF, 322kb)


Découvrez le reportage vidéo sur Eleonor, ancienne étudiante BlindCode, ci-dessous ⤵️

Comment faire du vélo quand on est aveugle ou malvoyant ?

Le groupe de cycliste en tandem Cyclone-A avant le départ

Si quelques rares sports ont été créés spécifiquement pour les personnes déficientes visuelles, les personnes aveugles et malvoyantes peuvent pratiquer de nombreuses activités sportives, seules ou accompagnées, en club ordinaire ou adapté. Rencontre avec des passionnés de cyclisme qui pratiquent le vélo en tandem. 

Faire du vélo quand on est non- ou malvoyant, c’est a priori impossible. Mais en tandem, c’est une vraie partie de plaisir, et c’est ce que propose Cyclone-A, un club de cyclotourisme pour personnes déficientes visuelles. Fondée en 1987, l’association Cyclone A est la contraction de « Cycle » et de l’« Œuvre Nationale des Aveugles » (ONA, l’ancien nom d’Eqla) avec laquelle elle partage son passé. Si l’association compte une petite dizaine de vélos, ces « petites reines » ne sont pas des vélos classiques, mais des tandems permettant ainsi aux mal et non‑voyants de pédaler en plein air. Tous les mardis soirs et un dimanche par mois, une dizaine de duos de pilotes voyants et de cyclistes avec un handicap visuel enfourchent un tandem. Ils partent en balade sur les cycloroutes ou pistes cyclables depuis leur local bruxellois avec un but : faire pratiquer le vélo aux personnes déficientes visuelles.

Didier, non-voyant, ravi de pouvoir rouler à vélo.

Au-delà des bienfaits pour la santé physique et mentale, le vélo a d’immenses vertus, dont celles de développer l’estime de soi et de contribuer à créer du lien social et de favoriser l’inclusion si on encourage la pratique en mixité (avec des personnes voyantes). Le sport cycliste donne aussi la possibilité d’élargir l’horizon des possibles pour les personnes porteuses d’un handicap visuel. « Quand j’étais plus jeune, je faisais beaucoup de cyclisme, mais lorsque j’ai perdu la vue j’ai cru que je ne pourrai plus jamais remonter à vélo. C’était avant de découvrir le vélo en tandem : en duo non-voyant — voyant. Non seulement, ça permet de se maintenir en forme mais c’est aussi une source de bien-être, puisque le corps sécrète des endorphines, l’hormone du plaisir », explique Didier, non-voyant. Et de poursuivre : « Au début, je n’étais pas très à l’aise sur le tandem. Il y a un temps d’adaptation. Ce sont des codes à avoir avec le pilote, quand on démarre, quand on s’arrête… surtout qu’on ne voit pas. Ce sont des sensations avec lesquelles il faut se familiariser. »

Ruth sur son vélo avant le départ.Comme lui, cela fait quelques années que, malgré sa cécité, Ruth abat des dizaines de kilomètres à vélo. En duo avec Marc, son pilote voyant. « Lui, ce sont mes yeux et ma sécurité, mais c’est moi qui donne le tempo », sourit Ruth. « Les deux pédaliers sont reliés. On ne sait donc pas pédaler l’un sans l’autre. Il faut une belle coordination car si l’équipage ne fonctionne pas, le tandem n’avance pas. » Et il faut l’avouer : du haut de ses 50 ans, Ruth a un sacré coup de pédales qui lui permet de parcourir la Wallonie, la Flandre et la ceinture bruxelloise à grandes enjambées.

Pour les voyants : donner un sens à leur pratique

Comment se pratique ce sport partagé ? « Le tandem, c’est un sport d’équipe. Nous sommes deux à pédaler et donc à fournir un effort. Moi, j’apporte juste la sécurité du guidon. Et à chaque fois qu’on traverse un nouveau paysage ou une route plus difficile à pratiquer, j’essaie d’apporter un maximum de descriptions pour que Ruth puisse se faire une idée des endroits par lesquels nous passons », confie Marc, pilote volontaire.

Marc, pilote pour l'association Cyclone-A.Pour eux, le tandem c’est aussi une activité sociale qui se prolonge dans le temps. « Quand on le pratique régulièrement, le sport partagé comme le tandem a un meilleur pouvoir inclusif que des actions ponctuelles de sensibilisation au handicap, limitées à une journée ou quelques heures. Moi, c’est le sport qui m’a ouvert les yeux sur le quotidien des personnes déficientes visuelles. Nous avons beaucoup de choses à partager », explique Marc. Le sport est aussi pourvoyeur d’autres bienfaits. Il contribue à la construction du schéma corporel et à améliorer la locomotion : « en faisant du sport, les personnes déficientes visuelles deviennent plus autonomes », observe encore Ruth. « Ils acquièrent une meilleure représentation de leur corps dans l’espace, prennent conscience de ce qui les entoure. » C’est également un moyen d’aiguiser les autres sens utiles au quotidien, l’ouïe ou les sensations kinesthésiques, permettant d’améliorer la coordination et le déplacement du corps dans l’espace.

Une activité ouverte à toutes et tous

Si ces sorties sont possibles, c’est grâce au dévouement d’un trio de bénévoles : Jean-Paul Dejaegher, Ruth Previtali et Alain Thonet. Ce passionné de vélo s’occupe aujourd’hui d’acheter les tandems, de les réparer et d’organiser les trios « pilote, copilote, tandem ». Avec une règle : changer les trajets et les duos à chaque sortie pour favoriser les rencontres et les expériences.

Le groupe de vélos tandems sur la route.

Qu’ils filent à travers les champs, le Pajottenland, le Brabant flamand ou les routes wallonnes qui encerclent Bruxelles, les tandems s’adaptent à tous les publics, hommes ou femmes, jeunes ou moins jeunes. Les sorties de Cyclone A ont lieu une fois par semaine les mardis et une fois par mois les dimanches, après la saison hivernale (de fin mars à novembre). Pendant une demi-journée, l’association propose des balades sur les cyclostrades, les Ravels et autres pistes cyclables avec des parcours de 40 à 70 km. Et, bien sûr, avec tout le monde : retraités comme étudiants, hommes comme femmes. « Chaque semaine, c’est un pilote qui choisit l’itinéraire et on se laisse guider On est un peu plus de 10 pilotes et autant de copilotes déficients visuels, mais nous aimerions beaucoup agrandir le nombre de pilotes voyants car la demande est très forte. Il y a de plus en plus de femmes et de jeunes déficients visuels qui aimeraient pratiquer le tandem, explique Jean-Paul Dejaegher, président de Cyclone A. Le seul conseil que je peux donner aux non-voyants qui débutent, c’est d’essayer et d’oser ! » Une petite heure de pratique suffit pour apprivoiser le tandem. La suite, c’est du pur plaisir… en duo !


OÙ PRATIQUER LE VÉLO EN TANDEM ?

Le vélo tandem : où commencer ?

En Belgique, plusieurs clubs et associations proposent aux personnes déficientes visuelles de pratiquer, tout au long de l’année, le tandem soit de façon sportive et en compétition, soit en tant qu’activité de loisirs ou de randonnées.

👉🏻 Voici une sélection de clubs qui s’adressent essentiellement à des personnes de la Région wallonne et bruxelloise :

  • À Bruxelles :
    ASBL Cyclone A
    www.cyclone-a.be
    📧 par mail : inscriptionpilotes@cyclone-a.be
    ☎️ par téléphone au 02/608 32 61 ou au 0472 59 26 27

    ➡️ L’asbl Cyclone A organise chaque mois des sorties à vélo tandem (environ 70 km A/R) les dimanche et les mardi soir (sorties plus sportives).

    En ce moment, l’association recherche de nouveaux pilotes voyants, jeunes et moins jeunes, pour rouler en tandem.

  • En Wallonie :
    ASBL Cyclocœur
    www.cyclocoeur.be
    📧 par mail : inscription@cyclocoeur.be
    ☎️ par téléphone au 0473 81 39 23

    ASBL Tand’Aime
    📧 par mail : asbl.tandaime@gmail.com
    ☎️ par téléphone au 0496 10 18 76

Série d’été 4/4 : apprendre le piano quand on est malvoyant


Walid est malvoyant,
mais quand il joue du piano,
ça ne se voit pas.

Qu’elle soit classique, jazz, rock ou de variété, la musique remplit les vies, nourrit les âmes et suscite les passions. Comment apprendre et faire de la musique quand on a un handicap visuel ? Rencontre avec Walid Barakat, pianiste professionnel et salarié de l’asbl Eqla.

Malvoyant de naissance, Walid a longtemps été pianiste professionnel. Mais dans son pays d’origine, la Syrie, il n’y a jamais eu d’académie de musique. Il a donc appris à en jouer seul… D’ailleurs, en Syrie le piano est encore considéré comme un instrument « exotique ». Rares sont celles et ceux – voyants ou malvoyants – qui en jouent. « J’ai découvert le piano en regardant des documentaires. Adolescent, c’est comme ça que j’ai eu accès à la musique classique. J’ai d’abord appris à en jouer seul, à l’oreille, sur un tout petit clavier. Puis un jour, je me suis décidé à passer une audition au Conservatoire. C’est là que j’ai réellement appris à déchiffrer la musique et à élargir mon répertoire. »

Mettre le handicap en sourdine

À force de mémoriser des partitions et de perfectionner sa technique, Walid décide d’en faire son métier. « J’ai réalisé très tôt, dès mon enfance, qu’il serait difficile de trouver un travail en tant que malvoyant… Mais je me suis dit que la musique, on l’écoute. On ne la voit pas. C’est donc le domaine idéal pour moi. » En mettant son handicap visuel en sourdine, Walid réalise qu’il peut avoir accès à d’autres sensations. À travers la musique, c’est toute sa sensibilité qui se dévoile. « Quand on dépasse les blocages, on a des bouleversements intérieurs et on peut faire des choses incroyables. Je pense que la force de la musique, c’est de pouvoir transmettre des choses bien au-delà des mots. La musique, c’est tout ce qui est beau. » 

Comme un médicament

Aujourd’hui, s’il donne parfois des cours de piano à des voyants, c’est sur un clavier d’ordinateur que Walid exerce ses talents puisqu’il est devenu spécialiste en accessibilité numérique auprès de l’agence Accessia de l’association Eqla. « Le piano me rappelle que pour réussir quelque chose, il faut toujours être motivé. Le talent, ça ne tombe pas du ciel. Il faut beaucoup s’exercer. Mais quand je joue du piano, c’est comme un médicament. Le piano, c’est ma vie. »

➡️ Découvrez le parcours de Walid et d’autres témoignages dans le nouveau numéro de la revue Vers La Lumière disponible sous ce lien.


POUR ALLER PLUS LOIN

👉🏻 Voir ma musique asbl
L’école de musique pour aveugles et malvoyants, créée par Mireille Vervoort, organise une journée portes ouvertes le 3 septembre prochain, à 15h30, à Woluwe-Saint-Pierre. L’occasion de découvrir le braille musical et les cours de musique adaptés aux personnes porteuses d’un handicap visuel.

📍Où ?
Centre communautaire du chant d’oiseau
Avenue du chant d’oiseau, 40
1150 Woluwe-Saint-Pierre

Infos & inscriptions :
☎️ par téléphone au 0470/92 09 77
📧 ou par mail via voirmamusique@gmail.com

Vous pouvez aussi consulter le site https://voirmamusique.be/ qui reprend l’agenda des stages et activités de l’académie.


UNE COLLECTION MUSICALE EN BRAILLE CHEZ EQLA

Découvrez notre collection de partitions en braille musical

Le braille ne permet pas seulement de lire et de compter, mais aussi de déchiffrer des partitions de musique. Comme le braille littéraire, le braille musical se lit par le toucher.

Depuis de nombreuses années, la bibliothèque spécialisée d’Eqla dispose d’une incroyable collection de partitions en braille. Cette collection comprend environ 600 documents, principalement des partitions solistes pour organistes et pianistes de tous niveaux, et des méthodes d’apprentissages pour débutants.

À l’heure actuelle, seule une petite partie du fonds a été répertoriée. Elle n’est pas encore accessible en ligne mais peut être consultée à la bibliothèque. Musicien amateur ou professionnel, passionné de musique ou simple curieux, n’hésitez pas à prendre rendez-vous pour découvrir ce fonds caché !

👉🏻 VOUS SOUHAITEZ PLUS D’INFOS ?
Nos bibliothécaires sont à votre disposition :
📧 par mail via bibliotheque@eqla.be
☎️ par téléphone au 02/241 65 68

Série d’été 3/4 : un orchestre avec des musiciens non-voyants

Témoignage : un chef d'orchestre avec des musiciens non-voyants

Qu’elle soit classique, jazz, rock ou de variété, la musique remplit les vies, nourrit les âmes et suscite les passions. Comment apprendre et faire de la musique quand on a un handicap visuel ? Rencontre avec des membres du British Paraorchestra, le premier orchestre au monde à intégrer des musiciens aveugles.

Partout dans le monde, des gens font de la musique sous une forme ou une autre, mais pour les non- ou malvoyants, le langage musical est quelque peu brouillé dès le départ. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le British Paraorchestra est le seul ensemble de grande envergure au monde destiné aux musiciens professionnels en situation de handicap. Il y a quelques années, cette institution a franchi un cap d’inclusivité qu’aucun orchestre au monde n’avait osé avant lui. « La plupart des musiciens lisent la musique et suivent le chef d’orchestre des yeux, mais les musiciens aveugles et malvoyants doivent non seulement mémoriser les partitions, mais aussi trouver un moyen non visuel de recevoir des indications du chef d’orchestre. Lorsque le chef d’orchestre lève sa baguette pour indiquer le début du morceau ou un changement de tempo, les musiciens aveugles « sentent » l’emballement en écoutant, par exemple, la respiration ou le mouvement de la personne à côté d’eux. Mais c’est assez contraignant. Si vous êtes dans un grand orchestre et que vous êtes à des kilomètres du chef d’orchestre, il vous sera très, très difficile de capter cette information. C’est pourquoi il existe si peu d’orchestres avec des musiciens déficients visuels », explique Laura Evans, porte-parole du British Paraorchestra.

Une baguette haptique pour guider les musiciens

Pour pallier cet obstacle, l’ensemble a mis au point un outil inclusif : la « baguette haptique ».

La baguette haptique, un nouveau dispositif d'inclusion musicale.

De quoi s’agit-il ?

Inventée par Rolf Gehlhaar, un compositeur américain et chercheur en technologie d’assistance, et développée avec Charles Matthews, un technologue créatif, la baguette haptique est un système de direction d’orchestre sans fil qui vise à faire tomber les barrières. Ce nouveau dispositif est équipé d’un capteur de mouvements qui analyse en temps réel la vitesse, l’angle, l’attaque et le balancement de la main du chef d’orchestre. Une micropuce transmet ces signaux à des bracelets connectés portés au poignet ou à la cheville des musiciens, en communiquant les mouvements précis du chef d’orchestre. Les musiciens déficients visuels ressentent alors l’expression et la synchronisation du chef d’orchestre, comme s’ils voyait la baguette elle-même. « Les appareils récepteurs traduisent les signaux en vibrations, ce qui permet aux musiciens de suivre le chef d’orchestre », explique Laura Evans.

Le compositeur et chef d'orchestre Sud-Coréen Kim-Li, lors de la première mondiale avec la baguette haptique.

Se connecter aux mouvements du chef d’orchestre

Pour sa première mondiale avec cette technologie, l’ensemble Paraorchestra a interprété la Cinquième Symphonie de Beethoven ainsi qu’une nouvelle pièce d’un compositeur sud-coréen. « Cette technologie vous connecte littéralement aux mouvements du chef d’orchestre, ce qui est très excitant. Elle émule ce que voit un musicien voyant », explique le chef d’orchestre Charles Hazlewood, qui a testé avec succès la baguette haptique avec une douzaine de musiciens aveugles et malvoyants. « Les vibrations et le bourdonnement de la baguette haptique produisent une sensation à laquelle nous pouvons réagir spontanément. Tout d’un coup, on se retrouve dans un univers musical libérateur, connectés comme une seule unité, plutôt que de devoir affronter les obstacles rythmiques… », confie Rachel Starritt, pianiste malvoyante.

La baguette haptique réussira-t-elle à convaincre d’autres orchestres classiques ? Au 21e siècle, ne parlons plus de handicap. Parlons de solutions.

Vous souhaitez en savoir plus sur la baguette haptique ?

➡️ Découvrez le reportage que la BBC a réalisé sur Kyungho Jeon, un percussionniste virtuose aveugle, ci-dessous :


UNE COLLECTION MUSICALE EN BRAILLE CHEZ EQLA

Découvrez notre collection de partitions en braille musical

Le braille ne permet pas seulement de lire et de compter, mais aussi de déchiffrer des partitions de musique. Comme le braille littéraire, le braille musical se lit par le toucher.

Depuis de nombreuses années, la bibliothèque spécialisée d’Eqla dispose d’une incroyable collection de partitions en braille. Cette collection comprend environ 600 documents, principalement des partitions solistes pour organistes et pianistes de tous niveaux, et des méthodes d’apprentissages pour débutants.

À l’heure actuelle, seule une petite partie du fonds a été répertoriée. Elle n’est pas encore accessible en ligne mais peut être consultée à la bibliothèque. Musicien amateur ou professionnel, passionné de musique ou simple curieux, n’hésitez pas à prendre rendez-vous pour découvrir ce fonds caché !

👉🏻 VOUS SOUHAITEZ PLUS D’INFOS ?
Nos bibliothécaires sont à votre disposition :
📧 par mail via bibliotheque@eqla.be
☎️ par téléphone au 02/241 65 68